La mesure de placement de l’enfant en France

Le placement de l’enfant

Le placement est une mesure de protection qui est appliqué quand l’enfant se trouve dans une situation de danger ou de risque de danger, dans un cadre de vie dans lequel son développement psychique et éducatif est affecté ou qu’il vive dans des conditions sanitaires risquées. Le placement de l’enfant ne signifie pas que les parents soient automatiquement défaillant dans le rôle parental, il peut s’agir aussi de parents qui ne peuvent faire face à leur responsabilité parentale car la famille passe par un drame comme la perte d’un enfant. Il peut y avoir un placement temporaire de l’enfant chez un membre de la famille, dans une famille d’accueil ou dans un centre d’hébergement.

Le placement est une décision judiciaire prise par le juge des enfants, il y a toute une procédure à suivre avant que l’enfant soit placé, il arrive que dans des cas extrême qu’un placement provisoire de l’enfant soit prononcé pendant la durée de la procédure.  Si au terme de celle-ci, le juge des enfants applique un placement de l’enfant, il en déterminera la durée -généralement 1 à 2 ans minimum-, les modalités des visites parents-enfants et confiera l’enfant à l’ASE (service départemental à l’aide sociale à l’enfance, anciennement DDASS).

L’application du placement de l’enfant

La durée minimum du placement varie entre un et deux ans, durant cette période un travail est entrepris auprès des parents afin que le retour de l’enfant au domicile familial soit accordé. Durant le placement la relation parent-enfant est maintenue et le parent est évalué sur ses capacités parentales pendant ses temps de visite avec son enfant. C’est une période difficile autant pour l’enfant que pour le parent, mais il s’agira pour le parent de se responsabiliser vis à vis de la situation qui a conduit au placement. Les parents continuent d’exercer leur autorité parental pendant le placement de leur enfant, ils prennent en charge les frais d’entretiens et d’éducation des enfants, signent les autorisations de sorties scolaires …

Au terme de ces deux années, le juge étudie les rapports de tous les intervenants : l’ASE, les psychologues, les éducateurs, les familles d’accueil ou les foyers, les points de médiation et au regard de ces bilans il renouvelle ou pas le placement. Si pendant cette période les parents n’ont pas travaillé au retour de leur enfant, n’ont rendu la situation favorable à son bon développement, le renouvellement sera effectif.

L’impact du placement

Le placement concerne seulement les mineurs, à leur majorité ils peuvent retourner chez leur famille s’ils le souhaitent ou être accompagné par une assistante sociale pour préparer la suite de leur parcours déjà bien difficile.

Ce qui et douloureux dans le placement est la séparation avec la famille, il peut arriver que dans une fratrie seul un enfant soit placé, il n’a donc plus de contact avec ses frères et ses sœurs hormis dans les points rencontres, il se sent à l’écart et se rend responsable de la situation : culpabilité et angoisse sont les maux fréquents des enfants placés. Lorsque toute la fratrie est placée, il se peut que chacun des enfants soient accueillis dans des structures différentes : placement dans des familles d’accueils différente ou des foyers distincts. Ce qui est une rupture supplémentaire pour ces enfants totalement désorientés car ils n’ont plus de repères.

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La responsabilité

Nous avions proposé aux cieux, à la terre et aux montagnes la responsabilité (de porter les charges de faire le bien et d’éviter le mal). Ils ont refusé de la porter et en ont eu peur, alors que l’homme s’en est chargé; car il est très injuste [envers lui-même] et très ignorant.

Le Saint Coran, Sourate Al-Ahzab, verset 72

 

La responsabilité c’est répondre de ses actes, lorsque l’on prend une décision on s’engage à la respecter et à agir en conséquence. La responsabilité est une valeur chez un individu, cela note son sérieux et sa maturité. Les personnes qui ne font pas preuve de responsabilité ont tendance à répéter les mêmes erreurs, ils sont pris dans un cercle vicieux et se plaignent de problèmes récurrents dans leur vie sans comprendre que  c’est eux-mêmes qui engendre cela par manque de responsabilité.

Une personne qui s’engage dans une psychothérapie peut avoir tendance dans un premier temps à chercher chez le psychothérapeute un témoin à ses malheurs, ce dernier prend note de ses plaintes et il va graduellement accompagner son patient vers sa responsabilité dans les situations critiques qu’il vit.

Faire preuve de responsabilité c’est être acteur de sa vie, c’est se libérer de sa culpabilité et se libérer de sa posture de victime face aux événements que l’on traverse. Être responsable est une obligation dans la vie, chaque décision prise engage forcément des tiers personne.

Être responsable c’est se voir grandir et c’est atteindre un épanouissement personnel, cela s’apprend par la réflexion sur soi-même d’où l’importance de la psychothérapie. Le psychothérapeute est toujours bienveillant, il a l’empathie nécessaire pour comprendre la douleur chez l’autre. Le psychothérapeute de par son raisonnement et ses questions va apprendre de son patient, il va apprendre à le connaître et sans le brusquer va l’aider à prendre en main sa vie en lui permettant de prendre conscience de sa responsabilité.

Un professeur de psychologie a dit lors d’un de ses enseignements à l’université : « Nous ne sommes pas responsables de notre handicap mais nous sommes responsable de ce que nous en faisons ». Nous sommes face à des événements qui nous échappent mais ce qui en découle sera de notre responsabilité. Qu’allons-nous en faire ? Quelle orientation allons-nous prendre face à telle ou telle situation ?

La responsabilité c’est être garant de ses décisions et de ses engagements, c’est une preuve de maturité, c’est être reconnu auprès des autres comme étant une personne de confiance, qui respecte ses engagements, c’est aussi être un exemple pour ses enfants et pour son entourage. Au début cela demande un effort de faire face à soi-même, de se remettre en question, de ne pas s’appuyer sur des causes extérieures mais bien au contraire prendre conscience de ce qui est de notre ressort c’est-à-dire prendre conscience du sens de notre responsabilité dans tous les domaines de notre vie.

La schizophrénie

La schizophrénie est une pathologie mal connue du grand public, les représentations dans les médias et le cinéma tendent à stigmatiser la personne schizophrénique comme étant un individu violent et présentant plusieurs personnalités. Ces nombreux préjugés n’aident ni la personne atteinte de schizophrénie, ni l’entourage qui se sent impuissant et désemparé face à l’expression de cette maladie.

Qu’est-ce que la schizophrénie?

La schizophrénie peut être passagère c’est-à-dire apparaître qu’une seule fois dans la vie du sujet ou bien réapparaître à plusieurs reprises. L’expression de cette pathologie est variable, la schizophrénie peut être légère et passer complètement inaperçue au regard du clinicien ou bien sévère et traumatisante tant pour l’individu que pour la famille. Pourquoi traumatisante? Car l’individu atteint de schizophrénie est marqué par les périodes de doutes, de peur, de la perte du contact avec la réalité qui s’accompagne d’hallucinations et d’idées délirantes.

Il y a plusieurs schizophrénies: paranoïde, hébéphrénique, catatonique…, les signes cliniques communs à ces schizophrénies sont:

  • les idées délirantes
  • les hallucinations
  • une désorganisation de la pensée et du langage
  • un retrait social
  • des troubles cognitifs comme les troubles de la mémoire, la difficulté à s’organiser ou à planifier des activités, les troubles de la concentration.

Au vu de ce tableau clinique on comprend aisément qu’il est impossible pour la personne schizophrénique de maintenir une activité professionnelle pendant une crise aiguë.

Le diagnostic de schizophrénie

Un diagnostic change le destin d’une personne, quand il est lourd de sens comme celui de la schizophrénie cela implique un traitement médicamenteux. Poser un diagnostic est un acte sérieux à ne pas prendre à la légère, il ne doit pas stigmatiser la personne. Le diagnostic donne au psychothérapeute des indications sur la souffrance de son patient, il apprend à le connaître, à savoir comment il pense, comment il agit. Le diagnostic est une indication pour orienter le traitement psychothérapique mais dans le même temps il va réduire la personne à sa pathologie car son entourage qu’il soit familial, amical ou professionnel va changer son regard sur elle. Il est donc important d’établir un diagnostic différentiel avant de se prononcer.

Les deux signes qui permettent de s’orienter vers un diagnostic de schizophrénie sont: un syndrome dissociatif et un symptôme délirant typique.

Le symptôme délirant typique

Le délire dans la schizophrénie est incohérent, insensé, le délire est non systématisé c’est-à-dire qu’il ne présente pas de logique et qu’il est peu construit. Les thèmes du délire sont souvent mystique, religieux ou mégalomaniaque. La personne schizophrénique par son délire perd peu à peu le contact avec la réalité, il y a donc un trouble important du rapport à la réalité.

Le syndrome dissociatif

Le syndrome dissociatif se caractérise par une dysharmonie  des processus mentaux, les symptômes peuvent atteindre la sphère affective par exemple nous allons observer une indifférence, des rires ou des colères immotivés…, la sphère idéo verbale par exemple nous allons observer des écholalies (la répétition des derniers mots entendus) ou la schizophasie (le détournement des sens des mots), la sphère comportementale nous allons remarquer par exemple un repli sur soi, des conduites hétéros ou auto-agressives.

On parle de dissociation pour qualifier une rupture de l’unité psychique et de l’homogénéité de la personnalité.

 

La psychothérapie

La psychothérapie est un traitement par le langage, elle traite les troubles affectifs et mentaux. La personne atteinte de schizophrénie perçoit le monde extérieur comme dangereux d’où le repli sur soi, pendant la période crise aiguë la psychothérapie sera un soutien et un accompagnement. Compte tenu de la perception du monde extérieur, une relation de confiance avec le patient est cruciale.

Après la période de crise, la psychothérapie va permettre au patient de parler de son vécu, de ses ressentis, de son monde à une personne en empathie, une personne spécialisée dans la prise en charge psychologique. Ces échanges vont graduellement conduire la personne atteinte de schizophrénie à mieux comprendre sa maladie et à trouver des manœuvres lui permettant de mieux la gérer.

 

Enfance en sursis: l’enfant placé et les difficultés parentales

La rencontre médiatisée

Dans quelles conditions l’enfant placé reste t-il en lien avec ses parents?

Tout d’abord lors de rencontres médiatisées, il s’agit pour la famille de se rencontrer dans un espace neutre en présence de professionnels : il peut s’agir d’un psychologue, d’un éducateur, ou d’un professionnel formé à la médiation. Ensuite, après un temps les parents auront l’autorisation de contacter par téléphone leurs enfants dans la famille d’accueil ou au foyer dans lequel l’enfant est hébergé. Et enfin, il sera accordé aux parents d’accueillir au domicile familial leurs enfants pendant une durée déterminée (une journée, un week-end).

Pour les adolescents les conditions restent les mêmes mais ils ont l’occasion de rencontrer leurs parents durant les temps de sorties libres qui leurs sont accordés. Si un jeune de 15 ans a le droit de sortir de 14 à 16 heures le samedi, rien ne l’empêche d’aller à son domicile familial.

Cela peut conduire certains parents à négliger le travail entrepris par les intervenants sociaux, parfois même cela les pousse à s’en prendre au cadre institutionnel et entraînent leurs enfants à en faire de même. Il s’agit de situations extrêmes et rares, la plupart du temps nous remarquons une immaturité chez le parent.

Standardisation du fonctionnement

Tout ceci est complexe et les situations sont difficiles à évaluer, il est important de travailler au cas par cas pourtant les procédures mises en place par l’Institution tendent davantage à supprimer le cas par cas qu’à le traiter dans sa singularité.

Je pense notamment à une famille dont les deux enfants ont été placé, l’aînée a 5 ans environ et le cadet à la naissance. La maman marocaine parlait qu’en arabe avec ses enfants, l’aînée comprenait mais ne le parlait pas, quant au dernier il n’a pas grandit avec sa mère et la transmission de la langue maternelle n’a donc pas été faite. La raison du placement était dû aux conditions précaires dans lesquels les enfants vivaient avec un manque de cadre éducatif. Les rencontres médiatisées permettaient de maintenir le lien avec l’aînée et de développer un lien affectif avec le cadet.

La première question que l’on se pose est comment développer un lien affectif en se passant de toute l’affectivité qui se traduit par la langue maternelle ? La seconde est comment travailler l’exercice de la parentalité quand la rencontre entre la mère et les enfants ont lieu à une fréquence de 1 heure par mois ? Troisième question est comment travailler avec cette mère sa fonction parentale quand elle se ne résume qu’à assurer les frais financier de ses enfants ?

De ses origines marocaine, le cadet n’en porte que le nom et le prénom , la mère n’est pas en mesure de transmettre l’héritage culturel en si peu de temps. L’absence d’interprète rend difficile le travail à effectuer avec cette mère et les points post-médiation se résume à l’encourager à apprendre le français afin que puisse figurer dans son dossier un effort de sa part à pouvoir exercer son rôle parental à temps plein et donc à « récupérer » ses enfants.

Une fois la maman partie de l’espace de rencontre, ce qui en ressort de la part des intervenants habitués à ces cas, est que le retour des enfants au domicile familial n’aura pas lieu. Et pourtant, quel sera l’avenir de ces enfants à leur majorité ? Où iront-ils quand ils quitteront leur famille d’accueil? Soit dans un foyer pour adulte soit chez leur mère, il serait plus judicieux de travailler avec cette famille sur la singularité de leur histoire car le travail entrepris s’attarde plus à créer un faux lien qui consiste à ce que toute la famille joue le rôle que l’Institution attend pour lever la mesure de placement.

Cette situation met en avant la complexité du travail à réaliser auprès d’une famille et de l’avenir de celle-ci. On ne peut réduire la diversité des problématiques des familles  à une façon de procéder unique.

Le travail avec les parents

Il y a également des familles où la situation est particulières, il s’agit de parents qui ont beaucoup d’amour pour leurs enfants mais qui présentent des troubles psychiatriques sévères les rendant incapable d’assumer leur fonction parentale. Ici il s’agira de créer ou de maintenir le lien parent-enfant, d’aider ces parents à comprendre leurs enfants et ces derniers à comprendre la pathologie de leurs parents afin qu’ils puissent établir une relation et vivre le placement avec moins de culpabilité.

Pour l’enfant, la séparation avec le parent est douloureuse même quand il y a de fortes négligences. Le placement c’est aller vers un inconnu, dans l’effroi suite à l’annonce du placement ils doivent s’accoutumer à de nouvelles règles de vie rapidement et dans le même temps supporter les angoisses d’abandon que le placement suscite.Le parcours d’un enfant placé est marqué de ruptures, il arrive que l’enfant change à plusieurs reprises de famille d’accueil ce qui accentue les angoisses, ils en arrivent parfois à la conclusion qu’il est « inutile de créer un lien avec une famille si c’est pour la quitter au bout de trois mois ! ».

Que se passe t-il pendant cette période de placement du côté des parents ? Les intervenants vont les accompagner à acquérir les fonctions parentales, à répondre à l’exercice de la parentalité : poser un cadre car cela structure et contient l’enfant, se positionner en tant que parent, le travaille est également de développer un lien d’attachement jusqu’ici fragile. Le parcours qui doit être fait par les parents est celui de la remise en question, de repérer ce qui était défaillant pour y remédier. Qu’il y ait retour ou non de l’enfant au domicile familial il est important que ce travail auprès des parents soit réaliser pour éviter que les faits se répètent avec l’enfant placé ou avec la fratrie qui est au domicile familial.

Un maintien du lien sécurisant

Lorsqu’une mesure de protection de placement judiciaire est appliqué c’est que la situation est dangereuse pour l’enfant ou qu’elle comporte un risque pour l’enfant, les conditions dans lesquelles l’enfant vit va à l’encontre de son bon développement psychique, moteur, et morale.

Il y a des cas où le retour familial ne sera pas possible, les parents sont de bons parents mais ils présentent une pathologie psychiatrique lourde qui s’exprime par des états de crises aiguë. Ces scènes de passage  l’acte sont traumatisantes pour l’enfant car très insécurisante.

J’ai accompagné une famille dont la maman était schizophrène et le papa présentait une démence dû à une forte alcoolisation dans son passé. Leur garçon a été placé à la naissance. Lorsque j’ai médiatisé les rencontres entre ce garçon et ses parents il avait 10 ans, la maman s’impatientait que son fils revienne au domicile familial. Ce désir exprime l’amour qu’elle a pour son enfant. Pour cela, elle s’appliquait à investir son rôle de mère lors des rencontres, elle portait un grand intérêt à ce que son fils faisait à l’école et pendant son temps libre.

Le lien avec le père était précaire, il parlait peu avec son fils voir pas du tout, il pouvait même arriver qu’il s’endorme lors des séances de rencontre ce qui déplaisait à la maman. Lors des rencontres médiatisées à plusieurs reprises  la mère a été  dans un état de décompensation psychique et s’est montrée très virulente envers son fils, ce qui a conduit à l’arrêt immédiat de la rencontre.

L’angoisse de cet enfant était prégnante, elle s’exprimait par une forte agitation lors des rencontres, des insomnies, des cauchemars et des énurésies nocturnes. La question que l’on pourrait se poser est qu’est-ce qui est  sécurisant pour ce garçon dans le maintien du lien avec ses parents?

Maintenir le lien avec ses parents est par essence sécurisant pour l’enfant car avoir des parents signifient avoir des attaches dans le monde, c’est à vie et c’est cela qui est rassurant pour un enfant. Cet enfant de 10 ans était content de vivre dans une famille d’accueil, évoluer dans une famille adaptée est apaisant. Pourtant il était angoissé par le fait que tout ceci a une durée, qu’il y a un délai, que ça a un terme, et cela l’insécurisait fortement.

Il faut rappeler que les familles d’accueil sont en contrat avec l’état, elles sont rémunérées pour cela, de ce fait il n’y a pas le même lien qu’avec un parent. La question financière implique chez l’enfant que « sans l’argent je ne les intéresserai pas », l’argent implique que le lien qui s’établit est fondamentalement différent. Il y a un délai et c’est celui de la majorité.

Il est donc important pour lui de travailler autant que possible avec les parents afin de garantir à cet enfant une relation stable avec eux dans le futur.

L’énurésie chez l’enfant

Des causes variées

L’énurésie est une émission involontaire d’urine chez l’enfant, c’est l’étape du « pipi au lit », l’énurésie n’est pas seulement nocturne elle peut être également diurne.

L’énurésie fait partie du développement psychomoteur de l’enfant et c’est avec la maturation et l’apprentissage que l’enfant va acquérir graduellement un contrôle mictionnel.

A partir de quand pouvons-nous estimer que l’énurésie devient problématique? Les parents peuvent s’interroger sur l’énurésie de leur enfant après ses 3 ans, mais avant de s’orienter vers des causes psychologiques, il est important de faire un bilan chez un médecin.

Le médecin déterminera si l’énurésie est dû à une cause organique d’incontinence, à une infection urinaire ou à du diabète. Il y a donc plusieurs pistes à explorer du côté médical.

Sur le plan psychologique, il s’agira pour le psychothérapeute de chercher la raison de l’énurésie de l’enfant. Ici aussi les causes sont variées, il peut s’agir d’une simple régression de l’enfant que nous constatons souvent à l’arrivée d’un nouveau né dans la famille. L’énurésie peut être l’expression d’une anxiété ou d’un conflit intrapsychique. De ce fait, la thérapie sera orientée dans un premier temps sur le repérage des conflits à l’origine de l’énurésie.

 

Contribution sur l’énurésie, Winnicott

D.Winnicott était un pédiatre et un psychanalyste britannique, il est l’auteur de nombreux ouvrages et il est notamment connu pour ses travaux sur le faux self, les objets transitionnels et la fonction du jeu chez l’enfant.

Dans son article « Contribution à une discussion sur l’énurésie » qui date de 1936, Winnicott rapporte ses observations sur l’énurésie chez l’enfant qu’il met en lien avec le développement affectif. C’est en s’intéressant aux fantasmes inconscients de l’enfant, « plus précisément les différentes couches fantasmatiques ( par exemple les rêves dont on se souvient) » que Winnicott tente de comprendre le symptôme de l’énurésie.

Pour lui, l’énurésie est un mode d’expression d’amour, de haine, l’expression d’une réparation ou un moyen d’extraire hors de soi un vécu négatif. Winnicott estime que l’énurésie devient préoccupante lorsqu’il s’agit du symptôme d’une dépression latente. Il est donc important en tant que psychothérapeute de prêter attention à l’environnement de l’enfant, à entreprendre un travail de recherche pour déterminer les causes exacts à l’origine de l’énurésie.

Winnicott soulève également la notion de plaisir que peut éprouver l’enfant, cela ne sous-entend pas que l’enfant ressent de la satisfaction à faire pipi au lit.  Il s’agit plutôt d’un plaisir faisant suite à une peur, lorsque nous allons aux toilettes après nous êtres retenus nous parlons de soulagement, la notion de plaisir dans l’énurésie est similaire à ce soulagement de la pression qu’exerce une vessie pleine. L’enfant ressent un affect négatif qui fait pression et la miction vient soulager ce sentiment négatif et le remplacer par un affect agréable.

 

Les attentes de la société

Comme le soulève parfaitement le sociologue Alain Erhenberg, nous sommes dans une société qui alimente le culte de la performance. Cette croyance consiste au dépassement de soi et à la volonté perpétuelle d’atteindre des objectifs toujours plus haut, le culte de la performance est un idéal regroupant l’autonomie, l’initiative individuelle et la réalisation personnelle.

Les enfants ne sont pas épargnés par cet idéal de soi à atteindre et cela dés l’école maternelle.Les deux conditions pour intégrer une écoles maternelle sont l’âge (minimum 3 ans voir 2 ans) et la propreté c’est-à-dire que l’enfant ait acquis le contrôle des sphincters. Très tôt les parents sont donc préoccupés par l’apprentissage de la propreté de leurs enfants, ce qui ne se déroule pas sans stress autant pour les parents que pour les enfants.

En 1936, Winnicott soulève déjà cette problématique de la propreté précoce qu’impose la société à l’enfant. Selon Winnicott, il est préférable de permettre à l’enfant d’être propre que de le forcer à l’être. C’est par identification à ses parents que l’enfant va avoir l’occasion de contrôler ses sphincters.

Une piste à suivre

Les parents connaissent leurs enfants, ils connaissent le caractère, les habitudes, le comportement de leurs enfants et de ce fait ils sont les meilleurs juges pour savoir comment réagir face à la situation. Néanmoins, nous pourrions réfléchir sur les moyens à mettre en place qui aideraient ou conduiraient l’enfant graduellement au contrôle de ses sphincters.

Par l’apport de Winnicott sur la question, nous savons que l’énurésie est en lien avec le développement affectif, peut-être que les corrections et les punitions vont accentuer le trouble en développant un manque de confiance en soi chez l’enfant. Se faire punir ou corriger pour une chose d’origine involontaire et face à laquelle on se sent impuissant peut conduire à se juger trop sévèrement, à s’estimer comme étant incapable.

La piste qui pourrai être exploiter est l’implication de l’enfant dans la prise en charge de son symptôme énurétique. Préparer avec lui un pyjama de rechange et incitez le à se nettoyer et à se changer tout seul lorsqu’il fait pipi au lit. La participation de l’enfant va lui permettre de prendre conscience de son énurésie et l’encourager à acquérir le contrôle de ses sphincters.

 

Pour aller plus loin:
  • Donald W. Winnicott, « L’enfant, la psyché et le corps », Paris, Payot & Rivages, Petite Bibliothèque Payot.